Loisirs SIA Le livre

SIA : 3ème Chapitre

Voici le troisième chapitre de ce livre fantastique.

Pour celles et ceux qui le découvriraient aujourd'hui, je leur propose de commencer par le début de l'histoire accessible ICI.

Voici synopsis.

Un Geek découche un soir, voilà un mystère qui ne déplacera pas les foules. Cette disparition n'émeut d'ailleurs personne et les autorités ne voient pas où est l'urgence, c'est un grand garçon tout de même. Mais Benjamin, son meilleur ami, ne l'entendait pas de cette oreille. Il savait que l'heure était grave. Il décide de partir à sa recherche aidé par une intelligence artificielle aussi précieuse qu'excentrique.

Je vous laisse découvrir la suite.

***

Chapitre 3. Sauver SIA

 

Elle s'était tue. L'hologramme avait lui aussi disparu. J'eus la présence d'esprit de ne pas appuyer à nouveau sur une touche du clavier, je supposai qu'elle s'était mise dans une sorte de veille pour économiser le peu d’énergie qui lui restait.

J'étais paniqué, bien que je ne sois qu'à dix minutes du QG de Simon, je me demandais où pouvait être ce maudit chargeur, et 45 minutes, enfin 43 maintenant, ça allait vite passer.

Je dégringolai bruyamment l'escalier – ce n'était peut-être pas une bonne idée – passai à nouveau par la cuisine. Maurice avait (enfin) terminé son petit déjeuner, mais je ne pus passer le contrôle sans encombre ce coup-ci, le portable sous le bras attira son attention et l'inévitable question tomba :

  • Qu'est-ce que tu fous avec ce portable ? Il est à qui ? Je l'ai jamais vu.

Je ne pouvais bien évidemment pas lui avouer la vérité. Je trimbalai sûrement l'une des inventions les plus révolutionnaires de cette dernière décennie ; je choisis de sélectionner judicieusement mes mots :

  • Ben, il est à Simon, il est à plat, je pars chercher son chargeur.

Je ne dus pas être très convaincant car mon frérot fronça les sourcils, signe indéniable qu'il commençait à se poser beaucoup (trop) de questions :

  • Ouais mais je ne comprends pas, tu viens de passer avec il y a quelques minutes et là tu repars, c'est pas logique, répondit-il en montrant du doigt l'ordinateur.

Je ne comprenais pas où il voulait en venir, je tentai de lui donner plus de détails, pas vraiment sûr de moi :

  • Je te l'ai dit, il est à plat. Je dois travailler dessus et j'ai donc besoin de le charger. Qu'est-ce qui n'est pas logique là-dedans ?

La réponse frappée au coin du bon sens tomba implacable, irréfutable :

  • Si tu dois travailler dessus, pas la peine de l'emmener. Laisse-le ici et va chercher le chargeur. Et puis, si c'est un portable de Simon il doit valoir super cher, exigeant comme il est, vaut mieux pas prendre de risques inutiles, enfin, c'est mon avis.

Pas bête le frérot, dommage qu'il utilise ses neurones un jour comme aujourd'hui où le compte à rebours tournait, vite, trop vite. Il ne restait plus qu'une quarantaine de minutes maintenant. Je transpirais, j'avais les mains moites. Et cela n'avait manifestement pas échappé au gardien de cette frontière imaginaire qui commençait à me dévisager, il sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Il attendait une réponse, et convaincante de préférence.

Je dus utiliser la ruse et le mensonge pour tenter de me sortir de ce guêpier. Ce n'était pas dans mes valeurs, mais il est des situations où seul l'objectif à atteindre est prioritaire. Et puis il venait de me donner malgré lui la solution.

  • Bon, OK, je te dis tout. Je vois bien que tu ne m'as pas cru. Je l'ai fait tomber, je sais, c'est naze. Il ne s'allume plus, je suis en mode panique là. Alors je vais vite l'apporter à réparer avant que Simon ne s'en rende compte. Il faut que j'y aille, je suis super pressé, j'ai pris RDV chez le réparateur du centre commercial. T'es content maintenant ? Bien sûr pas la peine d'en parler aux parents, hein ?

Plus le mensonge est gros, plus il est cru. Eh bien j'avais manifestement choisi la bonne stratégie. Le frère lâcha la phrase libératrice et ironique :

  • Et ben voilà, qu'est-ce que tu peux être compliqué, et c'est l'aîné de la famille ! rit-il bruyamment. Il jubilait.

  • Fallait le dire tout de suite, je savais bien que tu me cachais quelque chose. Tu changeras pas toi !

Je ne poursuivis pas cette agaçante discussion, mais ce n'était pas l'envie qui m'en manquait. Il paiera plus tard le bougre. Je m'empressai de sauter dans mon véhicule, conduisis les deux mains crispées sur le volant. Je n'arrivais pas à imaginer que cette précieuse intelligence artificielle puisse disparaître avant que j'aie eu l'opportunité de tester et comprendre son potentiel. Et puis ce n'est pas comme si je n'en avais pas besoin. Je décidai d'accélérer.

Mon comportement ne fut manifestement pas du goût d'un motard de la gendarmerie qui surgit de nulle part toute sirène hurlante et qui m'intima l'ordre avec une gestuelle explicite de m'arrêter. La big tuile, il ne restait plus que 35 minutes !

Il gara sa moto devant mon véhicule et remonta à ma hauteur, sa démarche rapide et énergique laissait deviner l'agacement du représentant de la loi. Je baissai ma vitre, inquiet et soumis.

  • Alors jeune homme, on se croit sur un circuit ? Vous venez de passer une zone limitée à 30 kilomètres / heure à une vitesse plus qu'excessive.

Je n'avais pas affaire au frérot ce coup-ci, j'allais devoir jouer franc jeu, faire profil bas, le temps s'écoulait. Je répondis avec l' intonation la plus respectueuse possible :

  • Oui, c'est vrai je roulais beaucoup trop vite.

Je ne sais pas s'il avait été surpris par ma franchise – les Français sont des râleurs compulsifs ‑mais il se radoucit immédiatement et enchaîna avec un ton libérateur :

  • Vous avez de la chance, mon collègue n'avait pas encore mis en service le radar, je n'ai donc pas de preuve de l'infraction. Ça ira donc pour cette fois. Mais je serais vous je me ferai plus discret à l'avenir. Est-ce que l'on s'est bien compris ?

Je ne demandai pas mon reste et redémarrai avec douceur – en n'oubliant pas mon clignotant – ma montre m'apprit qu''il ne me restait plus que 29 minutes !

J'étais de retour devant la bâtisse. La porte était fermée ce coup-ci. Je sonnai donc. Pas de réponse !

27 minutes.

J'avais presque envie de pleurer de découragement. Martha sortait peu, je me suis rarement retrouvé devant une porte close.

Je ne savais pas quoi faire. Je devais prendre une décision, et cela très vite. J'eus une idée, toute bête. Le mensonge qui m'avait libéré de mon frère était peut être la solution après tout. Le dépanneur du centre commercial pouvait sûrement me vendre un chargeur compatible.

De toute façon je n'avais pas d'autre choix, le temps s'écoulait inexorablement.

22 minutes.

Je me rendis donc vers le lieu déjà bondé à cette heure matinale. Il est vrai que cette galerie commerciale était réputée, on y trouvait tout ce dont on pouvait avoir besoin, pensez-donc, plus de 80 boutiques… mais une seule malheureusement d'informatique.

Oui, le problème est que son unique gérant avait un caractère disons, particulier. Il ne fallait jamais le contredire, et l'heure c'était l’heure. Et justement, il était 9h55, et pour rien au monde il n'aurait ouvert avant l'heure officielle – 10h – ostensiblement affichée en caractère gras et en rouge sur l'une des portes d'entrée.

Par chance j'étais le premier. Il ne me restait plus que 16 minutes moins les cinq qu'il restait à attendre, la situation devenait très compliquée.

La porte s'ouvrit à 10h01. Je pris bien garde de ne pas faire de remarque désobligeante au géant de 2 mètres et quelques, taillé comme un militaire, qui m’accueillit comme à l'accoutumée, avec son air agacé et sa barbe fournie. Je ne l'ai jamais vu sourire si j'y réfléchis. On se demande vraiment comment des personnes aussi peu avenantes peuvent accueillir du public.

Sa première phrase donna tout de suite le ton de la discussion :

  • C'est pour quoi ?

Je ne m’offusquai pas de l'absence de formule de politesse pourtant utilisée par des millions de ses confrères, vu les 10 petites minutes qui me restaient.

  • Bonjour, j'ai perdu le chargeur de mon portable. En auriez-vous un de compatible, c'est très urgent ? lui demandai-je religieusement tout en lui tendant le précieux objet.

Il regarda ledit portable sous toutes les coutures, le tourna plusieurs fois sur lui-même et s'exclama bruyamment, comme s’il voulait être sûr que les clients qui attendaient derrière moi entendent bien :

  • Je veux bien vous en vendre un, mais comment je fais ? Vous ne l'avez manifestement pas acheté chez moi. Je ne vois aucune marque, ni référence, ni voltage, ni ampérage, rien. Je fais comment moi ? Encore un truc chinois acheté sur le web ! Vous me faites bien rire vous les jeunes, on ne fait pas d'économie en achetant ces trucs-là. Alors dites‑m'en plus. Vous l'avez trouvé où cette merveille ? Si je ne vous vends pas le bon chargeur cela peut le griller. Et c'est pas ce que vous voulez, je me trompe ? termina-t-il avec une ironie que je ne lui soupçonnais pas.

Je lui répondis aussi agacé que gêné :

  • Eh ben en fait, ce n'est pas le mien, je n'en sais rien du tout.

6 minutes.

La réponse prévisible et cinglante tomba :

  • Bon, vous me faites perdre mon temps, j'ai du boulot, moi. Et il y a du monde qui attend. Dites à votre ami de passer et surtout avec des infos précises, une notice, un emballage, tout ce qui pourrait m'aider. Je ne suis pas Mme Irma, je n'ai pas de boule de cristal bon sang ! s’exclama-t-il en levant les bras au ciel tout en s'assurant que les autres clients n'en perdent pas une miette.

5 minutes

Je venais de recevoir une douche (très) froide. La partie était perdue, je devais le reconnaître. Vu le peu de temps qu'il me restait, même si je tentais à nouveau de retourner chez Martha, en supposant qu'elle soit revenue, c'était vraiment, vraiment trop juste.

Je pris donc congé de l'ours, pas si méchant au demeurant, soit dit en passant, le personnage théâtral me faisait même plutôt sourire habituellement.

  • OK, merci tout de même. Je n'ai pas plus d'infos, Simon n'est pas là actuellement…

Le cinquantenaire se figea et se rapprocha soudainement de moi, tout en baissant d'un ton, les clients derrière moi n'allaient manifestement pas pouvoir profiter de la suite :

  • Vous parlez de Simon Templar peut être ? dit-il presque en chuchotant.

Mon sang ne fit qu'un tour. Je répondis surpris certes, avec la même intonation, mais sans espoir tout en soupirant.

  • Oui, il est à lui.

  • Ah ! Vous êtes sûrement Benjamin, c'est ça ?

  • Euh, oui ?! répondis-je abasourdi.

  • Ben, fallait le dire plus tôt. Il m'a commandé un bloc un peu spécial la semaine dernière et il est déjà payé. C'est rare que les clients paient d'avance de nos jours, il a même insisté. C'est pour cela que je me souviens si bien de lui. Et il m'avait prévenu que soit lui, soit un certain Benjamin, viendrait le chercher ! Vous auriez pu commencer par là. Ah vous les jeunes vous êtes compliqués, ça promet, j'ai vraiment pas que ça à faire, vous savez. Non, vous ne savez pas.

4 minutes

J'avais presque envie de l'embrasser, j'ai dit presque, tout n'était peut-être pas perdu ! Le réparateur m'amena le fameux chargeur, le Graal. Je lui demandai dans la foulée en le suppliant discrètement, je me serais mis à genoux s'il avait fallu :

  • Il est totalement à plat, est-ce que vous m'autoriseriez à le brancher quelques minutes, c'est vraiment très important. S'il vous plaît. Je n'insisterai pas si ce n'était pas si important.

Il me répondit avec son charme indéniable :

  • Bon, OK, mais faut pas prendre de mauvaises habitudes. Allez au fond de la boutique, j'ai pas envie que les clients vous voient, cela pourrait donner de mauvaises idées à certains. Ici c'est pas un drive !

2 minutes

Je ne me fis pas prier et courus vers le local. Arrachai l'emballage du chargeur, et le branchai frénétiquement à SIA. Le témoin de charge s'illumina. Ouf !

J'étais en nage, épuisé par cette course folle, j'avais envie de pleurer de soulagement. Ouf, SIA n'allait pas mourir. Je regardais au loin le commerçant gesticuler tout en servant ses clients. Je souriais de bonheur.

J'entendis soudainement une petite voix que je connaissais bien désormais s'exclamer avec un ton réprobateur :

  • Tu en as mis du temps ! Simon m'avait bien dit que tu n'étais pas bien dégourdi !

Je ne lui répondis pas. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Enfin, pas tout de suite.

 

Chapitre 4. Les recherches commencent. Cliquez ICI.

***

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ? Avez-vous envie de connaitre la suite ?

J'attends comme d'habitude vos retours avec intérêt.

Christophe :bye:

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Christophe. Administrateur.

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Chicboule

Bonjour Christophe,

C'est toujours aussi agréable de lire les nouveaux chapitres, toujours aussi captivant !!

L'histoire pourrait faire allusion à Azamos il va être content "bourru et barbu"   :wpds_sad: barbu ok mais bourru (pas du tout)   :wpds_smile: .
Bonne journée

Béatrice

Alain

Que les chapitres passent vite, c'est très frustrant de devoir attendre la suite.
Vivement le chapitre 4++++
J'adore cette histoire, mais plutôt que de lire les chapitres séparément, je préfèrerais lire le livre d'un seul coup.

Ah Christophe, t'aime bien faire durer le suspens…
Alain

Alain

Ok super, compte sur moi pour me le procurer des sa sortie.
Alain

Joseph

Salut Christophe,

En lisant, à propos de ce vendeur " bourru & barbu " ( mais pas taillé comme un militaire )…j'ai de suite senti une allusion à notre Azamos.…tout comme le pense aussi Didier …  :wpds_wink: 

Didier

Salut Christophe
Super ce chapitre.
Le personnage en question est barbu, la 50 aine , dépanneur informatique.….… C'est Azamos 😊
Bon dimanche
Didier

Didier

certes, mais en tout cas il lui ressemble vraiment.…j'ajoute que tu fais référence à une ancienne série TV : "Le Saint", alias Simon Templar, interprété par Roger Moore, n'est-il pas ? 😇 

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Dernière modification il y a 3 mois par Didier
Sylvie

bonjour Christophe : le suspens continue. J'aime bien la description des caractères des personnages. Je suis impatiente en attendant le prochain épisode.

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